Nouvel an berbere YENNAYER

Nouvel an berbere yennayer 2015

Histoire YENNAYER  nouvel an berbère : 2015 /2965

Le nouvel an berbère ‘’Yennayer’’ signifie rendre justice à la mémoire et à la culture berbère en tant qu’affluents primordiaux parmi d’autres caractéristiques de l’identité nord-africaine. Le jour de l’An berbère coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien qui correspond, en 2015, à l’an 2965 du calendrier berbère. Il a la particularité d’être fêté par toutes les populations berbérophones de l’Afrique du Nord. Yennayer s’est taillé contre vents et marées une place éminente  au sein de cette  nation  pour s’imposer comme principe identitaire et fédérateur inéluctable sans pourtant bénéficier d’une reconnaissance officielle pour affirmer son indépendance.
Le calendrier amazigh (berbère) est issu du calendrier julien mais il n’a emprunté à ce calendrier que la division de l’année en 12 mois et la dénomination de ces mois :les rites, les croyances et l’esprit du calendrier sont amazighs. Les calendriers officiellement utilisés en « Algérie » et au « Maghreb » sont le calendrier grégorien (appelé parfois « universel ») et le calendrier hégirien ou musulman. Ils sont utilisés conjointement dans les documents officiels mais en réalité le calendrier grégorien est le plus employé, le calendrier hégirien ne servant pratiquement qu’à la vie religieuse. Les paysans emploient, pour leurs travaux, un autre comput, le calendrier julien ou calendrier agraire, appelé souvent en « Algérie » calendrier amazigh. Dans certaines régions, notamment au « Maroc », on connaît une division de l’année en mansions lunaires, les fameux manâzil de la tradition astrologique musulmane, mais interprétée selon les croyances amazighes. Enfin, on relève un peu partout un cinquième calendrier, appelé « calendrier des femmes », qui emprunte ses dénominations au calendrier musulman et qui sert le plus souvent à déterminer les fêtes religieuses (Achoura, Mouloud. . . ) et à calculer les grossesses.

 

Origines du calendrier amazigh
Le calendrier agraire ou julien, qui nous intéresse ici, tire son origine, ou plutôt l’origine des dénominations de ses mois, du calendrier romain établi en 45 avant J-C sous le règne de l’empereur Jules César dont il porte le nom. Les Romains avaient d’abord utilisé un calendrier lunaire de 304 jours répartis en dix mois de 30 ou 31 jours. L’année commençait théoriquement à l’équinoxe de printemps (mars) mais à cause de la courte durée de l’année civile, chaque mois passait par toutes les saisons. Vers 600 avant J-C, Numa fit porter l’année à 355 jours, répartis en 12 mois de 28, 29, 30 ou 31 jours. On ajouta plus tard un treizième mois intercalaire de 22 ou 23 jours. Ces réformes compliquées étaient loin d’être comprises de tous les Romains et il subsista dans le calcul de l’année de grandes discordances. On en vint à célébrer les fêtes du printemps en automne et celles de l’automne en hiver. Jules César entreprit en 45 avant J-C. une profonde réforme conseillée par l’astronome Sosigène d’Alexandrie. Il divisa l’année en 365 jours un quartet, pour compenser ce quart, on ajouta, tous les quatre ans, un jour supplémentaire. On baptisa le septième mois du calendrier (mois appelé quintilis) et on lui donna le nom de César, julius, en français juillet. Pour rattraper le retard causé par le calendrier antérieur, on ajouta 85 jours à l’année 46 avant J-C. En 7 avant J-C., on réajusta de nouveau le calendrier : le huitième mois, sextilis, qui devint augustus, août, en l’honneur d’Auguste, devint un mois de 31 jours. En même temps, le début de l’année fut ramené du 1er mars au 1er janvier.

Malgré les soins qu’on avait mis à l’élaborer, le calendrier julien accusait toujours un retard de quelques minutes par an. En 326, quand le concile de Nicée l’adopta et l’imposa au monde chrétien, l’écart atteignait quatre jours. L’Eglise rattrapa le retard mais le calendrier continua à dériver si bien qu’à la veille de la réforme grégorienne, il accusait un retard de dix jours sur le temps réel. On craignait de devoir bientôt célébrer la fête printanière de Pâques en été ! C’est alors qu’on émit l’hypothèse d’une correction. Le pape Grégoire XIlI, qui régna de 1572 à 1585, mit au point la réforme. Il donna à l’année une durée de 365 jours 5 heures 49 minutes et 12 secondes, avec un jour supplémentaire, placé en février, tous les quatre ans. Pour effacer les 10 jours d’écart du calendrier julien, on passa le jeudi 4 octobre 1582 au vendredi 15 octobre. L’Angleterre, hostile à la papauté, n’adopta la réforme grégorienne qu’en 1751. En Angleterre, le lendemain du 2 septembre 1752 fut le 14et non le 13, car le calendrier julien avait perdu entre-temps un autre jour. Le premier jour de l’An amazigh est fêté actuellement le 12 janvier mais en réalité l’écart, de 1582 à nos jours, n’est pas de deux jours mais de trois car il y a un retard d’un jour tous les 128 ans ou de trois jours tous les 400 ans, en supprimant trois jours bissextiles.

Le calendrier julien s’est répandu au « Maghreb » (Tamazgha) durant la période romaine. Son influence ne s’est pas limité eaux centres de colonisation puisque les dénominations de ses mois se retrouvent partout y compris dans les régions qui, comme le Sahara, ont échappé à la conquête romaine. La conquête arabe le chassa des villes et de l’administration où elle le remplaça parle calendrier hégirien, mais il demeura dans les campagnes parce qu’il est plus conforme aux rythmes des travaux agricoles que le calendrier arabe lunaire qui ne tient pas compte des saisons. Ce phénomène n’est pas particulier au « Maghreb » puisqu’on le retrouve en Égypte, principalement chez les Coptes, chrétiens, mais aussi chez les populations musulmanes. Il a été perpétué par les ouvrages d’agriculture et d’astrologie populaires, notamment le Kitâb al Filah’ad’Ibn Al Aawwâm qui recense les légendes attachées aux rites et aux festivités agricoles. Ces ouvrages furent largement répandus au « Maghreb » où les zaouïas, principaux centres de diffusion du savoir dans les campagnes, les utilisèrent pour mesurer le temps. Les noms de mois juliens utilisés au « Maghreb » sont si proches des formes égypto-coptes qu’un auteur comme Jean Servier pense que le calendrier julien maghrébin n’est pas un legs de la période romaine mais a été mporté par les Arabes. En fait, les noms de mois julien se retrouvent non pas seulement dans les régions du nord du « Maghreb » où l’influence des zaouïas est importante mais aussi dans les régions les plus reculées, notamment chez les Touaregs. Il faut donc croire à un emprunt ancien auquel se seraient superposés, dans certaines régions, des emprunts au calendrier égyptien. Par contre, l’influence de ce calendrier paraît évidente dans la dénomination de certaines périodes : Al A’zaria, Nissan, Al Ins’raetc., dénominations qui proviennent pour la plupart du calendrier babylonien. D’ailleurs, des légendes et des mythes explicatifs de certaines périodes du calendrier se retrouvent hors de l’ère amazighe. C’est le cas du mythe de la vieille que l’on retrouve aussi bien au « Maghreb » qu’en Egypte, en Calabre et en Provence. Perette Galand Pernet a effectué à ce sujet une vaste enquête où elle a montré la grande antiquité de ce mythe et son extension dans le monde méditerranéen.

Revenons au calendrier amazigh. Les noms de mois sont donc empruntés au latin et ils sont à peine modifiés ainsi que le montre la liste suivante des dénominations dans les parlers amazighs et en arabe dialectal :

 

 

MOIS LATIN KABYLE « MAROC » CENTRAL CHLEUH TOUAREG ARABE DIALECTAL*
Janvier Januarius Yannayer, Nnayer Ennayer Innayer Innar Yeneyar,Yannayar
Février Februarius Furar Febrayer Khubrayer Forar Frayer
Mars Martius Meghres Mars Mars Mars Mars
Avril Aprilis Yebrir,Brir Ibril Ibrir Ibri Abril
Mai Maïus Mayyu,Maggu Mayyu Mayyu Mayo Mayyuh
Juin Junius Yunyu,Yulyu Yunyu Yulyu Yunioh Yunyoh
Juillet Julius Yulyuz Yulyuz Yulyuz Yulyez Yulyuh
Août Augustus Ghucht Ghucht Ghuchet Ghucht Ghucht
Septembre September Chtember Chutanbir Chutanbir Chetember Chtember
Octobre October Tuber,Ktober Ktuber Ktuber Tuber Ktuber,Aktuber
Novembre November Nwamber,Wamber Ennwamber Ennwamber Wanber Nunember
Décembre December Djember,Dudjember Dujambir Dujambir Dejamber Djanber

 

 

Rites et croyances

Si le calendrier berbère a emprunté au calendrier julien sa nomenclature de mois, il n’a repris ni ses festivités ni ses rites. Ainsi, on n’y trouve aucune trace des calendes, des nonnes et des ides. Les rites et les festivités sont ceux de la tradition berbère, tous en rapport avec les travaux de la terre et la symbolique de la fertilité. Chaque mois, chaque saison correspond à une activité agricole. La détermination des saisons se fait à partir des solstices pour l’hiver et l’été et des équinoxes pour le printemps et l’automne Mais, là aussi, on fait intervenir les préoccupations et les travaux. Marceau Gast a parlé, à propos des touaregs de l’Ahaggar, d’un calendrier de la faim, c’est-à-dire d’une division de l’année en fonction des disponibilités des ressources alimentaires ou de leur restriction. Ainsi, Tafsit, le printemps, est l’époque de la floraison et des récoltes de l’orge et du blé, c’est donc une période faste. Ewilen, l’été, est la saison chaude où l’on peut mourir de soif dans le désert. Awelan, l’automne, est l’époque de la récolte des dattes, du mil et du sorgho, c’est une période d’abondance. Tadjrest, l’hiver, est la saison froide durant laquelle la sève ne monte plus dans les végétaux où la nourriture se fait rare. Cette division se retrouve à peu près dans les régions du nord où les saisons sont liées aux activités agricoles et à l’abondance ou à la restriction des ressources. Ainsi, le printemps, tafsut, dans tous les dialectes berbères, incarne le retour du beau temps et une reprise des travaux, l’été est la saison des chaleurs mais aussi des récoltes et des moissons, l’automne la saison des labours et de la cueillette des principaux fruits, l’hiver la mauvaise saison car elle est vide d’activités et symbolise la restriction et même la famine. Les rites de Yannayer visent justement à rompre le cycle de la restriction et de la faim. L’hiver n’est pas encore fini mais déjà on perçoit les prémisses de la belle saison. Si on procède à des sacrifices sanglants, c’est pour fructifier la terre et la mettre sous la protection des forces bénéfiques, si on fait des repas copieux, c’est pour augurer d’une année d’abondance, si on procède à des changements, comme le remplacement des pierres du foyer, c’est pour annoncer le changement de cycle.

Chaque saison est divisée en parties en fonction des activités ou des caractéristiques du climat. Chaque région a sa répartition mais certains découpages sont communs. Ainsi, pour l’hiver, on relève partout une opposition entre deux grandes périodes : les nuits noires, période la plus froide et la plus néfaste, et les nuits blanches, période d’accalmie, annonciatrice du retour de la belle saison. C’est l’opposition desudhan iberkanen/udhan imellalen des Kabyles, erhedhsettefen/erherdh mellen des Touaregs, lyalilkahla/ lyali Ibaydha des arabophones. Une autre période commune que l’on relève partout au « Maghreb » et au Sahara est celle des jours fastes et néfastes : alhussum (les jours pénibles) au nord, sabaa (sous-entendu sbaa ayyam) au sud. Les dates de cette période varient. Ainsi, à ldeles, en pays touareg, elles sont situées entre les quatre derniers jours de février julien et les trois premiers jours de mars julien.

En Kabylie où on appelle ces jours timgharines, les vieilles, la période varie du 28 février au 5 mars juliens. Les croyances pour la période sont les mêmes : il ne faut pas toucher aux instruments aratoires, il ne faut pas faire travailler les bêtes, etc. Ces divisions des saisons et ces croyances sont certainement les bribes du calendrier amazigh primitif, calendrier réglé sur les rythmes des activités agricoles. La communauté des croyances, et parfois des dénominations, le fait remonter à la préhistoire, en tout cas à la période antérieure à la division dialectale de la langue berbère. L’adoption du calendrier julien n’a donc été que formelle puisque les Berbères n’ont emprunté aux Romains que la division de l’année en douze mois et les dénominations de ces mêmes mois. Les rites, les croyances et l’esprit général du calendrier sont amazighs. Ces rites et ces croyances sont également transférés sur des fêtes musulmanes comme l’Achoura ou le Mouloud, intégrés dans la symbolique amazighe du renouvellement et de la fertilité de la terre.

Version originale du texte : M.A Haddadou, universitaire et écrivain

Mohand Akli Haddadou est né en Kabylie dans la tribu des Aït Waghlis (Tasga, commune de Souk Oufella). Il est un linguiste et écrivain, il mène depuis plusieurs années des recherches sur l’histoire des civilisations. Avec une vingtaine de livres publiés à son actif, Il est l’un des auteurs de la région de Kabylie le plus prolifique.

 

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Histoire du nouvel an Berbere Yennayer
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Le nouvel an berbère ‘’Yennayer’’ signifie rendre justice à la mémoire et à la culture berbère en tant qu’affluents primordiaux. Le jour de l’An berbère coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien qui correspond, en 2015, à l’an 2965 du calendrier berbère.

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